Partir en camping hors saison : ce que le Var peut apprendre de l’Est

Il y a trois semaines, j’ai passé quatre jours sous la tente en Alsace, dans le Sundgau, avec un thermomètre qui est descendu à 4 °C la première nuit. Je rentre dans le Var avec des idées plein les poches et une conviction : nos campings du littoral ratent une saison entière en fermant trop tôt. Sur place, j’ai croisé des gérants qui ouvrent de mars à novembre, avec un taux de remplissage de 62 % en octobre, quand la plupart de nos établissements varois affichent portes closes dès la fin septembre.

Ce coin d’Alsace bossue, je l’ai découvert par hasard en cherchant une étape pour couper la route. Le Sundgau Grandeur Nature m’a servi de fil conducteur : un blog tenu par des gens du cru, qui listent les campings ouverts à l’année, les fermes-auberges et les balades à faire quand les feuilles tombent. Rien de commercial là-dedans, juste des adresses testées et des horaires à jour. J’ai réservé deux nuits dans un terrain municipal à 14 euros la nuit, sanitaires chauffés, et j’ai compris que le hors-saison n’a rien d’un pis-aller.

Ce que ça change pour un camping du Var

La logique est simple. Un camping qui ferme le 15 septembre amortit ses installations sur quatre mois et demi. Celui qui reste ouvert jusqu’à la Toussaint les amortit sur sept. Le calcul m’échappe pas.

Dans le Sundgau, les gérants que j’ai interrogés ne parlent pas de « stratégie de désaisonnalisation », ils parlent de clients. Des retraités qui marchent, des couples sans enfants, des gens qui bossent à distance et réservent une semaine en octobre parce que c’est deux fois moins cher qu’en août. Un camping de Masevaux m’a montré son registre : 38 % de ses nuitées se font hors juillet-août. Chez nous, sur la côte, on plafonne souvent à 15 %.

Le Var a un atout que l’Alsace n’a pas : le climat. Un mois d’octobre à Hyères, c’est 21 °C l’après-midi et une mer encore à 19 °C. Nos campings ferment au moment précis où leur région devient agréable.

Trois choses à copier sans se ruiner

Première idée, l’ouverture partielle. Pas besoin d’allumer tout le terrain : un bloc sanitaire, vingt emplacements, une borne électrique. Le Sundgau fonctionne comme ça, avec des aires pour camping-cars qui tournent toute l’année et rapportent plus que le grand rush estival en marge nette.

Deuxième idée, la clientèle locale. Un Varois n’ira pas camper à 20 km de chez lui en juillet. En novembre, si on lui propose un week-end à 60 euros avec randonnée et repas, il réfléchit. J’ai testé l’inverse en Alsace : des gens de Mulhouse venaient passer deux nuits à la ferme à 40 minutes de leur maison. Ça marche parce que l’offre est calibrée pour ça, pas parce qu’il y a un miracle.

  • Des tarifs affichés hors saison, lisibles, sans supplément fantôme.
  • Une liste de randos et de visites réellement praticables en novembre, pas la brochure de juillet.
  • Une salle commune chauffée. C’est bête, mais c’est ce qui fait revenir les groupes.
  • Un partenariat avec les producteurs du coin, pour que le panier du soir se remplisse sur place.

Troisième idée, et la plus décriée chez nous : communiquer sur l’arrière-saison sans mentir. Personne n’attend la baignade en février. On attend des marchés, des sentiers vides, des prix bas et des restaurateurs disponibles. Le blog du Sundgau fait exactement ça : il annonce la couleur, y compris quand il pleut.

Le vrai frein n’est pas matériel

J’ai discuté avec deux gérants de campings varois avant d’écrire ce papier. Les deux m’ont dit la même chose : le problème, ce sont les saisonniers. Trouver un veilleur de nuit en octobre, disent-ils, relève de l’exploit. Sauf que le Sundgau tourne avec des contrats plus longs, six à huit mois, et fidélise ses équipes d’une année sur l’autre. Ce n’est pas une question de moyens, c’est un choix d’organisation.

Un autre point, moins avouable : beaucoup préfèrent profiter de leur propre trêve hivernale. On les comprend. Gérer un terrain hors saison demande une présence, et la tentation de fermer le portail jusqu’à Pâques est forte.

Reste que le littoral varois a une carte à jouer face aux Alpes et à l’Alsace sur le créneau novembre-mars. Les stations de ski se remplissent, les villes d’eau aussi, et nos campings restent vides à regarder la mer. Il faudra bien que quelqu’un s’y colle.